Mes Histoires d’Oreilles

 

En 1957, j’ai 14 ans. Ma mère remarque que j’ai tendance à tendre l’oreille droite lorsqu’on me parle. Intriguée, elle me conduit chez un ORL qui diagnostique une absence complète d’audition de l’oreille gauche. La cause ? D’après lui, une chute d’environ trois mètres que j’avais faite quelques temps auparavant et qui m’ouvrit l’arcade sourcilière gauche. Recommandation du spécialiste : éviter de faire de la plongée sous-marine et tout faire pour garder mon oreille droite intacte.

 

En 1979, suite à un petit problème vasculaire, je vois les images en double (dioptrie) et je me mets à entendre des bruits très forts et aigus dans mon oreille valide. Ma vue redevient normale au bout d’un mois mais mes acouphènes aigus ne me quittent pas, jour et nuit.

 

Avril 1982, je me réveille un matin avec la sensation de quelque chose d’anormal. Mes acouphènes ont disparu. Je réentends normalement. Miracle ? Est- ce normal ? Je ne sais pas, mais j’apprécie énormément après trois ans de souffrance auditive. Je peux, à nouveau, me servir du téléphone et écouter de la musique normalement.

 

Février 2004. Dans quelques mois, en Octobre, je serai à la retraite. Mais en ce début d’année, une otite séreuse se manifeste dans mon oreille droite. Les acouphènes et bourdonnements se sont installés, à nouveau. J’entends moins bien et surtout je comprends de plus en plus difficilement. Ma baisse auditive est de 50%. J’ai la maladie de Ménière, sans les vertiges. Je dois porter un appareil auditif. Ce que je fais début 2005. Mes bourdonnements, sans arrêts, durent trois ans, puis s’espacent de plus en plus. Actuellement, j’en ai de temps en temps, par cycle presque régulier.

 

Février 2010. Je change d’appareil auditif. Ma perte auditive est de 95%, ce qui m’oblige à prendre un contour d’oreille plus puissant afin d’entendre un peu les bruits mais la compréhension est très difficile d’autant plus que les aigus ont presque disparus.

 

Aujourd’hui, je ne réponds plus au téléphone et je ne m’en sers que pour envoyer et recevoir des messages écrits. Je n’écoute plus de musique. Je n’entre plus dans de grandes discussions, n’osant poser des questions et risquer de ne pas comprendre les réponses et de ce fait, indisposer mon interlocuteur. Je regarde de préférence les émissions sous-titrées de la télévision. Ce que je préfère est la lecture qui me permet d’être dans mon domaine, celui du silence. Ma surdité m’a confirmé le rôle important du silence. Ne plus subir l’agressivité du bruit. Être en paix à l’intérieur de soi.

 

Pour pouvoir communiquer, je pratique la lecture labiale avec une orthophoniste. La lecture sur les lèvres n’est pas chose aisée mais aide à la compréhension. Les personnes de l’association (ADLSM) à laquelle j’adhère, m’aident à me perfectionner et me font partager leur expérience. A leur contact j’accepte plus facilement la difficulté d’être malentendant.

 

Je voudrais que ce témoignage serve à d’autres personnes qui seraient devenues malentendantes. Qu'elles sachent qu’elles ne sont pas seules dans ce cas, que le meilleur moyen de faire face est de partager leur vécu avec d’autres. Ne pas s’isoler et vivre intensément tous les instants de la vie avec tous les moyens possibles pour surmonter l’handicap auditif.

 

Jean-Claude Berthet